PAR CHARLES BALTHAZAR
Il est né ici, enveloppé par le lit de la rivière. Il est parti grandir en mer. Il revient maintenant, prêt à affronter le débit qui coule en eau douce. Depuis les bras de la côte, le saumon remonte le cours d’eau jusqu’à son bassin natal. Mais le fleuve est noir et la rivière est harnachée. Il se lance dans un voyage qui lui coûtera probablement la vie. Cette histoire nous rappelle un peu celle de nos voisins du Nord, les « coasters ». Pour ces habitants de l’horizon, il est de coutume de voyager entre terre et mer, nourris par l’étendue de bleu, et portés par l’eau qui sillonne la roche. Pour ces deux communautés, c'est une migration partagée, une existence menacée...
À travers une série d’installations sensibles, le projet nous invite à renouer avec le cours d’eau et à veiller sur la pérennité de ses habitats face à l’incertitude de demain. Le nouveau tracé interagit avec la rivière par trois moments, proposant à la fois des gestes pour soutenir la migration du saumon et un parcours contemplatif à travers une vallée encore inexplorée. La première halte, « La passe », est un centre de recherche qui permet le suivi des montaisons et agit comme traverse pour le marcheur. La deuxième, « L'abri », s’offre comme un repli dans lequel l’utilisateur peut se poser et tendre l’oreille vers les chuchotements de la forêt. La troisième, « La passerelle », s’élance et rejoint la cime des arbres pour y dévoiler une chute imposante. Pour le saumon, cet obstacle infranchissable serait généralement la fin du voyage. Mais ici, l’observatoire agit aussi comme une passe migratoire, ouvrant la voie vers de nouveaux territoires de fraie.
Le projet s’insère dans les paysages éloignés de la Basse-Côte-Nord, où une quinzaine de villages éparpillés ont su trouver racine dans le roc. Les installations proposées empruntent à la typologie historique de la pêche et aux gestes anciens du lieu, avec des constructions fines en bois, élevées sur pilotis. En révérence au territoire, l’architecture s’élève par-dessus la roche et se laisse caresser par le vent salé.