PAR MARIELLE BONIN
Niché au nord-est du golfe du Saint-Laurent, le refuge d’oiseaux migrateurs de la Baie-de-Brador a été créé en 1925 pour protéger un site de nidification d’oiseaux marins. Sur deux îles battues par les vents et les vagues, six espèces se rassemblent chaque année pour s’y blottir. Parmi elles, l’emblématique macareux moine au bec coloré. Cette colonie, la plus grande du Québec, représente les trois quarts de la population de macareux de la province, qui a fortement décliné au fil des décennies. Une zone de protection de 500 mètres entoure les îles refuges. Cependant, cette limite symbolique peine à préserver ces habitats vulnérables. Les eaux qui les encerclent portent les marques de la présence humaine. Les eaux usées de Blanc-Sablon, insuffisamment traitées, sont déversées dans le golfe, contaminant l’écosystème marin dans son ensemble. Les vagues, indifférentes, effacent les traces humaines et amènent les particules nocives dans les zones protégées, rappelant que la nature n’est pas dirigée par nos frontières intangibles.
Le projet vise à préserver et à valoriser le patrimoine naturel de l’Anse des Dunes. Il se concrétise par des modules flottants biofiltrants, installés en haute mer, près du refuge de l’île aux Perroquets, renforçant la barrière naturelle contre les toxines aquatiques et offrant des habitats supplémentaires pour la faune et la flore. Plus près de la rive, une jetée prolonge un sentier côtier existant, devenant à la fois un point de vue sur l’île et une immersion dans les profondeurs marines. S’avançant dans les eaux salées du golfe, cette installation sert de trait d’union entre terre et mer. La partie submergée de celle-ci forme une ligne filtrante pour la zone marine, intégrant des systèmes naturels de biofiltration, où mollusques et algues s’accrochent pour purifier les eaux et restaurer la qualité du milieu marin. À son extrémité, une tour d’observation s’élève, offrant une vue sur l’écosystème des macareux. Tel un phare dans le paysage de mousse et de lichen de la Basse-Côte-Nord, la structure verticale d’acier s’élance au-dessus de l’écume des vagues. Elle incarne un témoin de la résilience et de la beauté de la région, gardienne du littoral. En dessous, plongée sous la surface, la tour inversée dévoile une expérience entre contemplation, découverte et dégustation culinaire, qui prend vie au sein d’un restaurant submergé dans les profondeurs, où anémones et algues tapissent le fond rocheux. Dans ce lieu où les profondeurs du golfe se dévoilent, la valorisation de la mer nourricière et sa préservation s’entrelacent sous les yeux du visiteur.