PAR KARINE LEVASSEUR
La région de la Basse-Côte-Nord s’étend sur un vaste territoire ponctué d’îles, de lacs et de rivières. L’isolement et l’accès limité aux villes côtières contribuent à son caractère singulier. De la rivière Natashquan jusqu’à Blanc-Sablon, à la frontière du Labrador, la pêche constitue un loisir apprécié autant par ses habitants que par ses visiteurs. En revanche, l’agriculture y est peu pratiquée en raison de la qualité des sols, des conditions climatiques rigoureuses et de la culture alimentaire des « Coasters» . Cette difficulté face à l’agriculture locale oblige la population à se tourner vers des aliments importés, coûteux, rares et manquant de fraîcheur. Malgré tout, la quête d’une autonomie alimentaire demeure au cœur de la volonté des habitants : avoir accès à des produits frais et locaux sans devoir dépendre des autres régions.
Face à ces réalités environnementales et socioculturelles, l’aquaponie émerge comme une solution viable : elle combine l’élevage de poissons (pisciculture) et la culture de plantes (hydroponie) au sein d’un même écosystème contrôlé. Ce modèle d’économie circulaire repose sur une relation bénéfique entre les espèces vivantes, où les déchets produits par les poissons sont transformés en nutriments pour les fruits et légumes.
Le bâtiment permet aux consommateurs de suivre le processus de transformation des aliments, de la production en serre à la transformation du poisson, jusqu’à un point de vente local. Son architecture s’inspire d’un langage vernaculaire et nordique qui évoque l’identité propre à la Basse-Côte-Nord. Simples et fonctionnels, les volumes pavillonnaires du projet s’appuient sur des principes d’économie de moyens afin de s’adapter aux contraintes constructives locales.
Le projet Racines cherche à répondre aux enjeux d’approvisionnement et d’accessibilité alimentaire en proposant une approche durable, locale et novatrice à travers l’aquaponie. Il se veut un prototype d’essai conçu pour et par la communauté, permettant aux habitants de se familiariser avec cette méthode agricole tout en sensibilisant les gens à l’importance de l’autonomie alimentaire. Le bâtiment s’érige ainsi en symbole d’innovation, d’ancrage territorial et de projection vers l’avenir pour la région.