PAR VICTORIA DOMPIERRE
Le projet Entre toundra et mer explore les milieux humides de la Basse-Côte-Nord, des écosystèmes uniques jouant un rôle crucial dans la filtration naturelle de l’eau et le stockage du carbone. Ces zones riches en biodiversité accueillent une multitude d’espèces végétales, animales et microscopiques, témoignant de leur importance écologique.
Représentant 1,5 % du territoire (60 000 hectares), les milieux humides de la Basse-Côte-Nord sont des habitats vivants dans un paysage souvent perçu comme aride et isolé. Mon travail a porté sur les principaux types de ces milieux : les tourbières naturelles (ombrotrophes et minérotrophes), les marais côtiers et les marécages. À Blanc-Sablon, on retrouve de vastes tourbières ouvertes, principalement composées de sphaignes brunes et caractérisées par une faible présence arborée. Ces milieux se distinguent par leur accumulation de matière organique et leur pH acide, constituant des écosystèmes transitionnels entre la terre et l’eau.
Le projet vise à valoriser et à préserver ces écosystèmes tout en sensibilisant les visiteurs à leur richesse et à leur fragilité. À proximité des villages, une tourbière spécifique a été sélectionnée comme site principal, facilitant ainsi l’accès aux communautés locales et aux visiteurs.
Le site, situé à l’entrée de Blanc-Sablon, bénéficie d’un flux constant de voyageurs arrivant par la route et le traversier. Actuellement sous-exploitée, la proximité de cette tourbière représente une opportunité unique de créer un lieu immersif de découverte.Le parcours débute par un pavillon principal, stratégiquement placé pour encourager une exploration à pied. Des pavillons secondaires, disposés à travers le site, permettent de découvrir différents aspects de la tourbière. Ces structures offrent des expériences variées : s’élever, s’enfoncer ou flotter au-dessus de l’écosystème, tout en préservant son intégrité.
Le pavillon principal accueille les visiteurs avec un mur de gabions en roche locale, guidant leur passage vers le bâtiment. Ce dernier s’intègre harmonieusement à la topographie grâce à une pente subtile des toitures et à des matériaux naturels, comme le bois prégrisé et la pierre locale. Divisé en deux volumes, le pavillon comprend une zone dédiée aux services et une autre abritant un café offrant une vue panoramique sur la tourbière. Une exposition met en scène des échantillons de plantes et de tourbe, permettant aux visiteurs de mieux comprendre cet environnement. La structure repose sur un socle en béton et des pilotis, créant un effet de surplomb. En résumé, le pavillon principal constitue le point d'entrée du parcours, à la fois lieu d’accueil et de découverte. Il fait la transition entre l’extérieur et le début de l'exploration du site, permettant aux visiteurs de se connecter au milieu naturel avant de s'aventurer sur les sentiers menant à la tourbière et aux autres points d'intérêt.
Les pavillons secondaires, basés sur une forme carrée de 5 x 5 m, se transforment pour offrir différentes expériences. Certaines structures permettent de flotter au-dessus de la tourbière grâce à des planchers transparents, tandis que d’autres plongent les visiteurs dans l’écosystème. Cette approche invite à observer les sphaignes, les mares et les strates du sol, tout en respectant l’intégrité du milieu humide. Au bout du parcours, une tour d’observation offre une perspective à 360°, soulignant la relation entre la terre et la mer. Cette structure marque l’aboutissement du projet, invitant les visiteurs à réfléchir à l’équilibre précaire de ces écosystèmes tout en admirant leur beauté.
Le projet s’ancre dans une vision durable, utilisant des matériaux naturels et locaux pour réduire son impact visuel et s’harmoniser avec le paysage. En évoquant l’évolution des tourbières et le passage du temps, Entre toundra et mer invite à une expérience poétique, à la fois immersive et réflexive, pour mieux apprécier et protéger les milieux humides de la Basse-Côte-Nord.