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Chroniques de plages millénaires

PAR ROSALIE TREMBLAY

Le projet prend racine sur des berges qui ont vu l'humain passer, pêcher et habiter depuis 8 000 ans. Comptant 450 sites, Blanc-Sablon est un pôle archéologique majeur du Nitassinan. Les deux sites protégés de la région, le site patrimonial de la Rive-Ouest-de-la-Blanc-Sablon et celui de l’Île-au-Bois, s’imposent tout naturellement comme des lieux propices à l’implantation du projet. Ils forment ensemble un circuit ponctué de quatre interventions architecturales et de deux sentiers pédestres. Un lien naval relie l’île au continent. Le rapport au sol, dans un contexte de sites à fort potentiel archéologique, est au cœur de la réflexion du projet. L’information disponible sur les sites guide l’implantation et les modes de construction. L’archéologie sous-tend l’architecture.


Un premier mode de construction est établi sur la rive ouest. La recherche de l’archéologue Jean-Yves Pintal documente les contours de fouilles menées sur une dizaine de sites. La construction au sol se fait strictement à l’intérieur de ces limites, mais peut s’élargir en hauteur pour offrir des espaces plus généreux à l’usager. Le projet détaille trois exemples de constructions sur des sites choisis pour leur superficie et leur position stratégique.


EiBg-43 borde la route 138, facilitant ainsi le transit par camion de matériel archéologique. On y retrouve les services nécessaires à la recherche, dont un laboratoire équipé des technologies permettant la diffusion des savoirs (photographie 3D, impression 3D, etc.). Le programme s’inspire, à plus petite échelle, du Laboratoire et de la Réserve d’archéologie du Québec (LRAQ).


Une passerelle permet de se rendre au site voisin, EiBg-43a, occupé par les collections archéologiques à haute densité du Nitassinan-Basse-Côte-Nord, récemment déplacées de Québec (LRAQ). L’organisation du centre permet aux visiteurs et aux non-initiés de tout âge de côtoyer les archéologues. Bien que restreint, l’espace est conçu pour encourager les échanges en maintenant des liens visuels constants avec les espaces techniques tout en gérant habilement les flux afin de sécuriser les artefacts de grande valeur.


En sortant, on emprunte l’archéo-sentier qui se mêle aux chemins spontanés existants et s’approche des sites archéologiques répertoriés où, peut-être, d’autres infrastructures pourraient être installées dans des phases successives du projet. En chemin, une émergence se profile, et en s’approchant, on découvre EiBg-1A : le pavillon d’exposition, qui offre un court arrêt informant le visiteur sur l’invisible dans le paysage. Des artefacts y sont exposés temporairement, suivant le rythme des fouilles des archéologues de passage.


Le laboratoire, la réserve et le pavillon d’exposition partagent une même matérialité : un béton intérieur-extérieur reprenant le sable de Blanc-Sablon, comme si ces architectures n’étaient qu’une simple réorganisation du sous-sol. Certains éléments, toitures et passerelles, s’y accrochent avec légèreté, revêtus d’un métal peint en noir. Les ouvertures sont contrôlées pour gérer l’entrée de lumière et cadrer les vues, ponctuant ainsi le parcours des visiteurs.


Depuis un quai déjà existant, on s’embarque ensuite vers l’Île-au-Bois. On accoste à un quai naturel minimalement aménagé, formé par des rochers s’avançant sur une pointe bordant une invitante anse sablonneuse. Une passerelle guide le visiteur vers le quai d’exposition. Le mode de construction de ce dernier ne suit pas les mêmes règles que sur le continent, puisque sur cette île on ne connaît pas le dessin des fouilles passées. On choisit donc de se suspendre au-dessus du sol à l’aide de fins éléments de bois brûlés en surface. La structure de l’ensemble rappelle celle des quais vernaculaires locaux. La boîte d’exposition, recouverte de métal noir, s’ouvre à ses deux extrémités pour relier mer et île. À l’intérieur, le visiteur s’informe puis regarde vers les ruines allochtones de pêcheries. Il pourra s’approcher en suivant le sentier en gravier, tracé de manière minimaliste dans le bas lichen de l’île.


Avant de pouvoir s’ancrer définitivement dans le sol, les archéologues doivent d’abord passer, car pour construire, il faut creuser. Le circuit des Chroniques de plages millénaires encourage donc la recherche archéologique dans la région, vers une pratique in situ, décloisonnée et ouverte à tous.