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20 mille noeuds sous les mers

PAR FRÉDÉRICK LANGEVIN

Les eaux du Saint-Laurent et sa biodiversité souffrent en silence. Derrière ce mutisme se cache une

réalité troublante : filets, cages et cordes, perdus ou abandonnés, continuent de capturer, d’emmêler et parfois même de tuer des animaux marins. Le golfe du Saint-Laurent, depuis des décennies, est un pilier de l’industrie de la pêche. Pourtant, cette activité n’est pas sans conséquences. Ces engins de pêche, bien qu’invisibles une fois disparus sous les flots, perpétuent leurs ravages pendant des années, perturbant l’équilibre fragile des écosystèmes marins.


Entre 2020 et 2024, près de 30 000 engins de pêche ont été perdus dans les eaux du Québec. Pourtant, moins de 7 % de ces équipements, soit seulement 1 990 unités, ont été récupérés.

– Ministère des Pêches et des Océans


La première étape du projet consiste à intervenir directement à la source du problème en déployant un système modulaire conçu pour la collecte des engins de pêche en fin de vie. Le dispositif est implanté dans les principaux ports de la Basse-Côte-Nord, chacun ayant fait l’objet d’une analyse approfondie pour discerner leurs besoins spécifiques et s’adapter aux particularités locales. En plus de la collecte, le système vise à sensibiliser, à éduquer et à mettre en valeur non seulement les engins de pêche, mais aussi le contexte unique de chaque village. Ainsi, entre chaque port choisi, se développe un réseau de récolte, avec comme finalité le port de Blanc-Sablon, où les engins de pêche sont entreposés, traités et finalement valorisés.


La deuxième phase du projet vise à aménager un espace dédié à la recherche et à la transformation des engins de pêche en matière première, au cœur de la zone portuaire existante de Blanc-Sablon. En tant que plaque tournante régionale, dernier arrêt du Bella Desgagnés et ultime port de la Basse-Côte-Nord, le port occupe une position stratégique. Cette intervention est également l’occasion de revitaliser le port en réhabilitant un bâtiment actuellement vacant et en repensant l’interface publique de la zone portuaire, aujourd’hui sous-développée. Cette transformation permettra non seulement de dynamiser ses activités, mais aussi de mettre en valeur le processus de transformation des engins de pêche, dans une démarche de sensibilisation et de valorisation des écosystèmes marins.


En mettant en scène les engins de pêche dans une architecture engageante et intégrée au paysage, le projet ouvre un dialogue entre l’être humain, la nature et les traces qu’il y laisse. Il ne s’agit pas seulement de traiter des vestiges matériels, mais plutôt de rétablir un équilibre entre les activités humaines et la préservation des écosystèmes. Loin d’être un simple témoignage d’une problématique, le projet architectural devient un moteur de changement : il sensibilise, mobilise et propose une alternative tangible à un cycle de destruction. En revisitant notre relation avec les engins de pêche en fin de vie, nous ne réparons pas seulement les blessures du passé, mais nous traçons un avenir où les eaux du golfe du Saint-Laurent retrouvent leur équilibre.


 NFOE Excellence Award

  André-Francou Award – IRAC

  American Institute of Architects Medal

  Royal Architectural Institute of Canada Honour Roll

  Nomination for the Canadian Architect Student Award of Excellence